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Guénégaud,
2002. 96
pages, format 16x22 cm. ISBN
: 978-2-85023-111-7
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Le chercheur qui se lance
sur la piste des Templiers peut, très légitimement,
se sentir paralysé par son audace tant le sujet a fait
et continue à faire couler des flots d'encre, charriant
le pire (trop souvent) mais aussi le meilleur. Disons dès
l'abord que le travail de L-C Gautier appartient, à
l'évidence, à cette seconde catégorie. Depuis
la publication de ses divers travaux – je pense, entre
autres, à sa belle étude sur "Les Templiers
en Creuse", L-C Gautier a fait la démonstration
qu'il appartient pleinement à la corporation des vrais
chercheurs - ceux qui méritent le nom d'historiens. Il
le prouve une fois de plus dans le livre que vous allez lire.
En ayant, tout d'abord, le souci d'éclairer son propos
par un rappel synthétique de l'histoire du Temple,
avant de se lancer sur les traces laissées par la
milice des "pauvres chevaliers" sur le territoire de
l'Allier. Et là les choses sérieuses commencent
: il faut puiser dans les sources, confronter leurs
informations avec les données cartographiques puis, sur
le terrain, savoir trier les données de la toponymie,
de l'archéologie et des témoignages oraux, tout
en utilisant à bon escient les apports, plus ou moins
anciens, d'érudits locaux. Toujours avec ce regard
critique qui fait l'historien digne de ce nom. Car le matériau
réuni par l'enquêteur doit être passé
ensuite au crible des vérifications, recoupements,
confrontations d'hypothèses, études comparées...
Avec - mais c'est aussi cette prudence qui révèle
l'historien - parfois la nécessité, au bout du
chemin, d'avouer qu'on ne peut être sûr de rien,
faute d'indices suffisants. Ce que le profane peut estimer
frustrant mais que l'homme de métier sait être
partie intégrante de son éthique. De même
qu'il est nécessaire, pour toucher du doigt les
réalités, de prendre comme champ d'étude
un cadre géographique bien délimité :
c'est en se penchant sur le territoire d'un département,
comme le fait L-C Gautier, que l'on peut espérer
compléter, pièce à pièce, ce
puzzle ambitieux qui sera peut-être, un jour, une
histoire totale de l'ordre du Temple. L-C Gautier apporte donc
sa pierre au grand édifice et s'inscrit ainsi dans la
tradition des bâtisseurs de cathédrales. Et
la Queste aboutit à identifier des hommes, des lieux et
ce qui les relie : à travers les noms des Frères
du Temple, à travers la présentation des maisons
de l'ordre, L-C Gautier fait revivre ce tissu humain qu'avait
su réaliser une institution totalement novatrice
puisque prétendant unir la prière, le combat et
le travail. Trois fonctions dont la complémentarité
devait être source d'harmonie et de plénitude. On
comprend qu'une telle entreprise ait nourri, au fil des
siècles, ce que L-C Gautier appelle le légendaire
templier. Et qui est en lui-même un fait d'histoire. En
effet implantations mythiques et traditions merveilleuses
s'inscrivent dans ce qui est reconnu aujourd'hui, par
l'histoire des mentalités, comme un territoire auquel
doit s'intéresser l'historien et qui s'appelle
l'imaginaire. Celui-ci permet de montrer, sur la longue durée,
la persistance d'une image qui s'est inscrite durablement dans
la mémoire collective : les chevaliers au blanc manteau
frappé d'une croix de sang n'ont pas fini de nous faire
rêver à un monde où l'honneur et la
fidélité avaient un sens.
Pierre VIAL
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